Flash Boys est le second bouquin de Michael Lewis que je lis en quelques semaines après The Big Short. À la différence du précédent, celui-là je l’ai pris dans sa version originale. Première leçon, un livre en Anglais qui traite de finance est plus simple à lire que sa traduction française, du moins, mon sentiment.

Michael Lewis a trouvé une clé pour faire entrer le lecteur dans une histoire complexe. Il dresse le portrait de personnages, plutôt celui des gentils ou disons des outsiders, qui évoluent dans une industrie bien particulière.

Après le marché obligations, Michael Lewis s’attaque au marché actions. Prenez cette recommandation de Michael Lewis, n’investissez pas sur ces marchés, vous avez toutes les chances de vous faire plumer, car certains types, les méchants, ont des kilomètres d’avance sur vous, sur votre accès à l’information et en plus ils ont les technologies et l’équipement qui leur permettent d’être ultra-performants. Rien n’est laissé au hasard, le profit dépend autant de l’état du marché que de la vitesse des connections internet et de la distance de l’ordinateur donneur d’ordre aux exchanges, market place, places de marché et bourses ou encore dark pools.

Dans Flash Boys, on a un type de la Royal Bank of Canada, Brad Katsuyama plutôt bien armé intellectuellement qui comprend enfin pourquoi il se fait toujours baiser sur le marché action. Là on doit entrer un peu dans le détail. Concrètement, lorsqu’un volume d’actions est offert à un certain prix, on observe une très légère variation au désavantage de l’acheteur. Après moult expérimentations, Brad et son équipe pigent enfin le truc, les lieux d’échanges d’ordres que sont les dark pool sont conçus de manière à gruger le donneur d’ordres par différents mécanismes de prix, accès à l’information…

De nouveaux acteurs arrivent sur le marché qui sont les fameux High-frequency trading (HFT), des entreprises mi-financières, mi-technologiques qui opèrent tous leurs tradings via des algorithmes ultra-sophistiqués conçus par des ingénieurs ultra-compétents et payés des millions. Très schématiquement, la manière dont la chose se passe est la suivante. Le lieu de rencontre des acheteurs et des vendeurs n’est pas un lieu unique, il y a plusieurs lieux qui proposent des actions à l’achat et à la vente, les fameux exchanges. La propagation d’une information n’est pas instantanée si bien que les HFT jouent ce décalage d’information pour envoyer des ordres là où c’est avantageux pour elles. De plus les HFT sont dans une course contre le temps pour toujours aller plus vite et s’approcher autant que faire se peut de la vitesse de la lumière à travers la fibre, des tracés de lignes droit…Bref, les HFT ont compris comment gagner à tous les coups.

FlashBoys Axl R

Un exemple frappant illustre bien la guerre technologique qui se joue. La firme HFT Citadel n’a pas eu un jour en négatif depuis plus de 1000 jours. Un type du senior management de Citadel explique que lorsqu’il bossait au Pentagone, il lui fallait badger deux fois pour arriver à la salle de réunion avec le Secrétaire d’État, pour arriver au coeur de la machine Citadel, les algorithmes et les servers, il lui fallait présenter son badge cinq fois.

Donc ce ne sont plus les traders qui font la finance internationale mais bien les machines, les quants, la vitesse de transmission de l’information, le tracé de la fibre à travers les villes…

Contre cet état de fait, Brad Katsuyama et son équipe fondent IEX, un dark pool indépendant qui garantit un accès juste et indépendant aux investisseurs pour passer leurs ordres.

Le livre se lit bien surtout en Anglais. L’histoire est passionnante, la galerie de personnages est assez fascinante. De plus on rentre bien dans cet univers où tout n’est que code, vitesse, accès à la fibre, localisation des dark pool…ou encore pratique plutôt déloyale du front-running.

Comme dans the Big Short, Michael Lewis nous explique aussi que la plupart des mecs qui bossent à Wall Street n’ont strictement aucune connaissance de ce qu’il se passe vraiment une fois leur ordre d’achat ou de vente passé, un peu comme si un concessionnaire de bagnoles n’avait strictement aucune notion de mécanique.

La conclusion est la même que pour the Big Short, il y a un bon pourcentage des mecs qui bossent dans les banques à Wall Street qui sont des abrutis et que les plus intelligents profitent de la bêtise ambiante. Il y a aussi le problème d’un marché truqué réglementé par la SEC et dont les employés rejoignent ensuite ceux qu’ils sont censés contrôler. On pourrait facilement dire que la SEC est au marché actions ce que les agences de notations sont au marché obligations. Enfin, malgré toute cette crasse, il y a heureusement quelques chevaliers blancs qui vont offrir la possibilité aux investisseurs d’investir en toute sécurité.

Bonne lecture si le monde de la finance vous intéresse, et surtout c’est bien raconté par Michael Lewis qui est un sacré Story-Teller.