La course à l’abîme, seconde partie. Il est parfois pénible d’avoir à finir un livre, parce qu’il fait 800 pages et parce qu’une page sur deux est de trop.

caravaggio judith, course à l'abîme illustration

Parfois j’ai l’impression que la littérature est en fait très proche de la sculpture et que l’écrivain comme le ciseleur devraient tailler dans la masse. Ce que ne fait pas assez D. Fernandez. Dans la course à l’abîme, il y a plusieurs romans, dont un au moins n’est pas nécessaire: le portrait psychologique, le roman historique & le guide touristique.

Le portrait psychologique

Le portrait psychologique du Caravage, lui est très intéressant. L’inclination de l’artiste envers tel ou tel amant, telle ou telle vision de son art…assez bien racontée. Ce roman-là est très réussi et on pénètre bien la psyché de notre artiste. Le choix de la narration: faire parler le peintre en surplomb de sa dépouille afin qu’il puisse commenter sa vie est plutôt convaincant.

Le roman historique

La partie historique est assez forte sans emporter pour autant la totale adhésion du lecteur. Les intrigues vaticanes sont assez bien expliquées: le parti français vs le parti espagnol. Le mécénat des prélats vers les artistes afin de contrer la Réforme grâce à l’esthétique est tout à fait éclairant & nous apprend quelque chose et offre un nouveau point de vue. Si les prélats catholiques des pays d’Europe du Nord avaient payé des artistes comme on l’a fait dans la péninsule italienne, la Réforme protestante aurait-elle eu autant de succès? Question légitime.

caravage self portrait

Le Guide Touristique

L’appellation est un peu moqueuse, on pourrait parler de Grand Tour et c’est ici la partie à laquelle on adhère le moins. L’auteur en fait beaucoup trop & tartine ses pages de descriptions sans intérêt qui ne sont que de la poudre aux yeux du lecteur un peu naïf. Décrire sur des pages & des pages des sculptures, des églises, des peintures ralentit l’action de notre héros. On peut naturellement penser que cet effet existe pour montrer la dualité du Caravage: action & contemplation, mais c’est à mon avis assez raté.

Enfin, dernière critique, pas à l’endroit de l’auteur mais plutôt de l’éditeur. J’ai déjà remarqué cela plusieurs fois, les livres sur les peintres ou traitant de peinture s’adaptent très mal au format poche. Je trouve aberrant que dans un livre où l’on doit avoir une bonne trentaine de descriptions de peintures, pas une reproduction n’est proposée. Un livre qui parle de peinture et qui ne propose pas une image est un contresens dont les éditeurs devraient répondre. Il doit exister des moyens de rendre la lecture plus attrayante, par exemple vendre le livre avec un petit fascicule ou mettre quelques photos de peintures au milieu du livre ajouterai énormément de valeur du moins à ce roman.

Conclusion

En conclusion, c’est une lecture agréable mais pas révolutionnaire, comme le style assez bourgeois pour les lettres, en fait. Peut-être quelques mots, par-ci par-là un peu recherchés, des métaphores vraiment transparentes mais rien de transcendant. Le principal reproche que je fais à ce roman est de ne pas être plus court et de proposer trop de descriptions qui n’apportent rien. Sa qualité majeure est nourrir encore un peu plus la culture générale du lecteur, ce qui est déjà beaucoup.